LNA • LE NOUVEL ÂNE • NUMÉRO 10 LNA • LE NOUVEL ÂNE • NUMÉRO 10
La rédaction de ce numéro a été assurée par l’équipe de la revue Le Diable probablement
RÉDACTION
Alice Delarue, Benoît Delarue, Deborah Gutermann-Jacquet, Quentin Heerman, Anaëlle Lebovits (directrice), Joachim Lebovits, Lena Mangold, Caroline Pauthe-Leduc, Julien Pauthe, Aurélie Pfauwadel
COLLABORATION
Agnès Aflalo, Anne Béraud, Francesca Biagi-Chai, Guy Briole, Charles-Henri Crochet, Pascale Fari, Nathalie Jaudel, Clotilde Leguil, Jean-Claude Maleval, Jacques-Alain Miller, Pierre Sidon
DIRECTION
Directrice internationale Judith Miller
Directrice de la diffusion Anne Ganivet-Poumellec
Directrice des Forums Carole Dewambrechies-La Sagna
Directrice de l’association les amis de LNA Lilia Mahjoub
Directeur Jacques-Alain Miller
Directrice adj. de la publication Agnès Aflalo
Directeur du site Dominique Holvoet
Accords spéciaux avec Lacanian ink (New York)
ÉDITION
Maquette atelier patrix 75006 Paris
Éditeur Navarin navarinediteur@gmail.com 9, rue Duguay-Trouin 75006 Paris
Secrétaire général Jean-Loup Morin
Directeur de la publication J.-A. Miller
ISSN 1765-1530 Tirage 10 000 exemplaires Toutes photos et documents DR
CONTACTS
JAM jam@lacanian.net 74, rue d’Assas 75006 Paris
Agnès Aflalo agnes.aflalo@wanadoo.fr 10, rue du Four 75006 Paris tél. 06 08 07 28 12
Carole Dewambrechies-La Sagna cdls@wanadoo.fr 15, place Charles-Gruet 33000 Bordeaux
Anne Debruyne-Ganivet annedg@wanadoo.fr 9, rue Duguay-Trouin 75006 Paris tél-fax 01 45 81 23 19
Pascale Fari pfari@bbox.fr • Judith Miller judithm@champfreudien.org
Lilia Mahjoub lmahjoub@wanadoo.fr • Dominique Holvoet www.lnaglobal.org
lundi 25 janvier 2010
mardi 19 janvier 2010
L’éditorial d’Agnès Aflalo [LNA 10]
Boiter n’est pas un péché
La science et le capitalisme sont unis pour le meilleur et pour le pire depuis leur avènement. Mais, c’est après la Seconde Guerre, au Japon, qu’ils ont enfanté le monstre de l’évaluation. Elle s’est ensuite répandue comme une traînée de poudre dans le monde grâce aux adeptes des TCC. Ils rêvent, en effet, de traiter le personnel de l’usine comme les moteurs qu’ils fabriquent pour améliorer la productivité. La culture de l’évaluation repose sur l’idée simple qu’il n’y a presque pas de différence entre l’humain et l’objet. Simple question de qualité à chiffrer. La qualité est alors devenue le maître-mot au nom duquel la traque des vivants a commencé, car la qualité, qui fait la différence, c’est la vie elle-même. •
L’évaluation – avec sa culture du tout chiffrable – n’est pas seulement rebelle à la vie, elle la pourchasse jusqu’à la mort. D’abord, elle supprime la parole et la remplace par des questionnaires à cocher. Puis, elle traque la libido avec des calculs loufoques qui prétendent venir à bout de son opacité pourtant irréductible et paralysent ainsi le mouvement même qui anime chaque vivant. Stigmatiser l’activité « en trop », à rééduquer, n’est que la partie visible de la machine de chiffrage qui mortifie chaque vivant au nom de la quantité. Enfin, l’évaluation accélère la dématérialisation du lien social à coup de télé- transmissions en tout genre. Privé de parole, de possibilité de mouvement, et amputé du corps à corps salvateur, le malaise cristallise en désespoir conduisant au suicide. Du jardin d’enfants aux maisons de retraite, pas un citoyen n’échappe aux faux prophètes de l’évaluation. Aucune autre culture ne produit autant de morts en temps de paix.
•
En cinquante ans, la culture de l’évaluation a colonisé les plus nobles institutions de nos démocraties : économie, université, justice, santé, etc. personne n’échappe à l’endoctrinement ravageant de l’évaluation au point que la liberté, véritable peau de chagrin, rétrécit au lavage de cerveau en règle qu’elle lui administre de force. La crise financière donne pourtant l’idée du bénéfice à tirer de telles évaluations. Le consommateur étouffe le citoyen dont le rêve démocratique s’étiole. La crise des universités montre à quel point le savoir est gangréné par l’évaluation qui le réduit toujours plus à des martingales de chiffres aussi ineptes qu’inutiles. La justice risque, elle aussi, de succomber depuis que les experts en évaluation de l’âme ont décidé de passer au-dessus des lois pour imposer la leur : incarcération et maintien en détention à leur idée et non pour crime ou délit.
•
La vraie prise du pouvoir a eu lieu en 1978, à l’OMS. C’est à ce moment-là que les adeptes des TCC ont inauguré le règne d’une bureaucratie folle qui a ensuite gangréné les autres administrations d’Europe. En remplaçant l’idée de maladie mentale par celle de santé mentale, les adeptes des TCC ont ouvert l’ère de la psychiatrisation forcée de nos sociétés. Car, depuis lors, ce sont les préjugés des psychiatres qui décident ce que doit être le bonheur conforme à La santé mentale et qui dictent ainsi la politique de santé publique. Chaque citoyen se voit donc appliquer, comme pour les moteurs, la loi du zéro défaut. C’est à peine possible dans le monde inanimé des objets, alors pour les humains, le défaut qu’est la vie doit cesser. Une fois admise l’identité du carnet de santé d’un moteur et d’un humain, la santé mentale est calculée grâce au symptôme biopsychosocial et autres risques psychosociaux. Ils ont été fabriqués pour faire entrer chacun dans des catégories à normaliser au nom de ladite santé mentale. Plus l’évaluation fait croire que le bonheur, c’est plein d’avoir dans les armoires et plus elle impose son diktat aux êtres. Alors, il n’y a plus d’autre choix que de se conformer ou de disparaître. Le rapport du Centre d’Analyse Stratégique sur la santé mentale montre à quel point l’évaluation est devenue un État dans l’État. Elle veut gouverner sans l’avouer aux politiques qu’elle prétend servir et sans risquer le verdict des urnes.
•
Dans cette folle lutte contre les défauts humains, l’acte et ses effets incalculables sont rejetés. Les suicides de masse démontrent qu’il ne manquera jamais d’Antigone pour le rappeler et refuser la soumission au Créon bureaucrate qui a pris le pouvoir en silence. Seul un acte politique pourra faire cesser le massacre. Ne peut-on, d’ici-là, se souvenir que, même pour les Écritures, boiter n’est pas un péché ?
jeudi 24 juillet 2008
LNA n°9 • 44 pages • 9 euros • septembre 2008 •
Au lecteur, par Jacques-Alain Miller
Ce numéro de LNA n’aurait pas été conçu, rédigé, monté au coeur de l’été, si je n’avais reçu, fin juin, le texte «fuité» d’un projet d’arrêté ministériel qui, à la faveur du décret d’application de la loi sur le titre de psychothérapeute, programmait en fait le début de la fin de la psychanalyse.
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Le scientisme psycho-psychiatrique et ses victimes, par Agnès Aflalo
On doit aux progrès de la science et du capitalisme la catégorie moderne de victime. Après la production industrielle des victimes de la deuxième guerre mondiale, la mondialisation à son tour engendre les siennes.
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Le Billet de François Leguil : ces tristes lubies…
“Il faut toujours craindre l’influence qu’exercent des subalternes qui se glissent dans les administrations : un grand homme d’État se doit bien garder de ces talents médiocres qui prennent les irritations de leur amour propre pour les besoins de la société, leurs prétentions pour des principes, et leur envie pour de la politique” écrivait Chateaubriand, dans le Moniteur, en avril 1818. Bien avant hier, comme on voit… Aujourd’hui, pensera l’innocent, c’est “du pareil au même” !
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Ce numéro de LNA n’aurait pas été conçu, rédigé, monté au coeur de l’été, si je n’avais reçu, fin juin, le texte «fuité» d’un projet d’arrêté ministériel qui, à la faveur du décret d’application de la loi sur le titre de psychothérapeute, programmait en fait le début de la fin de la psychanalyse.
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Le scientisme psycho-psychiatrique et ses victimes, par Agnès Aflalo
On doit aux progrès de la science et du capitalisme la catégorie moderne de victime. Après la production industrielle des victimes de la deuxième guerre mondiale, la mondialisation à son tour engendre les siennes.
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Le Billet de François Leguil : ces tristes lubies…
“Il faut toujours craindre l’influence qu’exercent des subalternes qui se glissent dans les administrations : un grand homme d’État se doit bien garder de ces talents médiocres qui prennent les irritations de leur amour propre pour les besoins de la société, leurs prétentions pour des principes, et leur envie pour de la politique” écrivait Chateaubriand, dans le Moniteur, en avril 1818. Bien avant hier, comme on voit… Aujourd’hui, pensera l’innocent, c’est “du pareil au même” !
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mercredi 23 juillet 2008
Le sommaire de LNA n°9 à paraître

OUVERTURE• Au lecteur JACQUES-ALAIN MILLER • 3
• Lettres à LNA PENNY GEORGIOU ET ALII • 4
ANGLES
• L’Éditorial AGNÈS AFLALO • 6
• Aux innocents, les mains vides JEAN-CLAUDE MILNER •
• Sartre ou l’amour courtois CATHERINE CLÉMENT • 7
• Le billet FRANÇOIS LEGUIL •
• La société de défiance ÉRIC LAURENT • 12
• La science qui pense mal DAVIDE TARIZZO • 13
• Sur François Meyronnis NATHALIE GEORGES LAMBRICHS •
• La Culture, ce qu’elle mérite FRANÇOIS REGNAULT • 16
• Menaçante prévoyance GÉRARD WAJCMAN • 17
NEW YORK ART
• L’art traite le déchet JOSEFINA AYERZA • 8 à 11
L’ESPRIT CRITIQUE
• Marie de la Trinité KRISTELL JEANNOT • 14
• Lettre inédite à Marie JACQUES LACAN •
• Mohamed et OEdipe ANAËLLE LEBOVITS • 15
• Tour de force du Philosophe PAULINE PROST •
QUI A PEUR DE SIGMUND FREUD ?
• 17 Dessins inédits, offerts à LNA • 18 à 21
L’ARRÊTÉ SCÉLÉRAT
• Le texte du projet • 22
• Mort aux psys ? JACQUES-ALAIN MILLER • 23
• Le risque GUY BRIOLE • 24
• En Italie, la loi Ossicini ANTONIO DI CIACCIA • 25
• De la loi à l’arrêté ALAIN ABELHAUSER • 26
• Une politique de l’oxymore ? ROLAND GORI • 28
• Vers une psychothérapie d’État JEAN-CLAUDE MALEVAL • 30
• La valse macabre des chiffres HERVÉ CASTANET • 33
• Gagner moins en changeant de métier ? PHILIPPE LA SAGNA •
• Néo-paternalisme : danger ! WILLEM BUITER • 34
• Révolution dans un IME JEAN-DANIEL MATET • 36
• Le meilleur des techno-mondes NATHALIE JAUDEL • 38
• Dans les filets d’Edvige EMMANUELLE PERREUX • 39
• La servitude à l’âge démocratique Y.-CH. ZARKA • 40
• L’intime, ennemi public n̊1 JEAN-CLAUDE MILNER • 41
BERNARD-HENRI LÉVY
• Vive l’axe Lacan-Canguilhem-Lautréamont • 42
Le Billet de François Leguil : ces tristes lubies…
|LNA n°9|
“Il faut toujours craindre l’influence qu’exercent des subalternes qui se glissent dans les administrations : un grand homme d’État se doit bien garder de ces talents médiocres qui prennent les irritations de leur amour propre pour les besoins de la société, leurs prétentions pour des principes, et leur envie pour de la politique” écrivait Chateaubriand, dans le Moniteur, en avril 1818. Bien avant hier, comme on voit… Aujourd’hui, pensera l’innocent, c’est “du pareil au même” !Eh bien non. C’est pire. Il ne s’agit pas de seulement vitupérer le lampiste éternel, jocrisse assez insuffisant si l’on veut expliquer pourquoi le plus grand danger revient : celui que nous pensions atermoyé par le charme de ces délais “à la française”, qui savent plonger dans un oubli pudique les incongruités d’une législation très imparfaite.
Les limites de la décence sont passées avec le texte de cet arrêté qui, sous couvert de “formation” et de “titre”, met à nu le rôle de ses véritables inspirateurs. Hargneuse et longue, l’hostilité contre la psychanalyse est aussi connue que la psychanalyse elle-même, et le dessein de ses ennemis demeure constant : écraser la découverte du transfert par Freud ; nier qu’en faire l’expérience permet d’accompagner, avec les idéaux intouchés de la raison, ceux qui souffrent, au mental comme au moral ; négliger que la transformation de soi qui s’y trouve requise est aussi bien une ascèse ; ne rien vouloir retenir des lenteurs fertiles d’un apprentissage du tact et de la prudence ; brimer finalement les chances de cet apprentissage qui n’est rien de moins que celui des libertés vraies.
Il n’est pas réjouissant de lire un texte qui, s’il aboutissait, foulerait à court terme et sans vergogne ces libertés secrètes. Mais cela ne se ferait pas sans les rebellions opiniâtres, qui sont autant de notre coutume que n’en font partie, hélas, ces tristes lubies administratives.
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